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C'est quoi l'algospeak, et pourquoi tout le monde écrit des mots bizarres sur les réseaux (seggs, unalive, corn...)

"Unalive", "seggs", "corn"... Ces mots qui remplacent des termes tout simples sur TikTok ou Instagram ne sont pas une blague : c'est une stratégie pour échapper à la modération automatique. Décryptage.

✍️ La Rédac DéfiJeunes 📅 10 août 2026 ⏱️ 4 min de lecture
Mood : 🤐📱
Jeune personne qui tape sur son téléphone dans la rue, avec des bulles de messages stylisées en arrière-plan 🎨 illu

Un commentaire qui parle de quelqu’un qui s’est fait “unalive”, une story qui évoque du “corn”, un tweet sur une relation “seggs”… Si tu scrolles régulièrement, tu es déjà tombé sur ces mots qui sonnent faux. Ce n’est ni une erreur de frappe ni un nouveau dialecte : c’est de l’algospeak, une stratégie pensée pour passer sous le radar des algorithmes.

C’est quoi l’algospeak, concrètement

L’algospeak, c’est la contraction d‘“algorithme” et de “speak” (parler). Le principe : remplacer un mot jugé sensible par un équivalent codé, pour qu’un contenu ne soit pas détecté, réduit en portée, démonétisé ou carrément supprimé par les systèmes de modération automatique des plateformes.

Concrètement, au lieu d’écrire “mourir” ou “suicide”, on écrit “unalive”. Au lieu de “sexe”, on écrit “seggs”. Au lieu de “porno”, on écrit “corn”. Le sens reste évident pour n’importe quel humain qui lit la phrase — mais pour un filtre automatique qui scanne des mots-clés précis, le remplacement suffit souvent à passer inaperçu.

D’où vient cette manière de parler

Les plateformes comme TikTok, Instagram ou YouTube utilisent des systèmes de modération automatisés qui analysent le texte des vidéos, des légendes et des commentaires pour repérer des contenus problématiques : violence, sujets liés au suicide, contenu à caractère sexuel, désinformation, drogues.

Le souci, c’est que ces filtres fonctionnent en grande partie par détection de mots-clés. Résultat : une vidéo qui parle sérieusement de prévention du suicide, de harcèlement sexuel ou de santé mentale peut se retrouver supprimée ou beaucoup moins recommandée pour la seule raison qu’elle contient certains mots — alors même que le contenu ne viole aucune règle sur le fond.

Face à ça, les créateurs ont commencé à contourner le mot plutôt que le sujet : on continue de parler de ce qui compte, mais avec un vocabulaire qui échappe au tri automatique.

Le petit glossaire de base

Certains termes reviennent tellement souvent qu’ils sont devenus des réflexes, même en dehors des vidéos qui traitent de sujets réellement sensibles :

Terme algospeakCe qu’il remplace
UnaliveMourir, tuer, suicide
SeggsSexe
CornPorno
Spicy / NSFW-ishContenu explicite, pas adapté à tout public
SAAgression sexuelle (abréviation)

D’autres réflexes existent aussi : remplacer une lettre par un chiffre ou un symbole, couper un mot avec un espace ou un emoji au milieu, ou utiliser volontairement une orthographe légèrement fautive. Le but est toujours le même — rester lisible pour un humain, invisible pour un filtre.

Pourquoi ça pose question, dans les deux sens

💡 L’algospeak n’est pas un simple jeu linguistique : c’est devenu un outil que certains créateurs jugent indispensable pour pouvoir aborder des sujets graves sans risquer une sanction automatique.

Ce que ça permet de faire :

  • Parler de santé mentale, de violences ou d’événements d’actualité difficiles sans se faire supprimer par erreur.
  • Continuer à informer et sensibiliser sur des sujets sérieux, alors qu’une modération trop stricte aurait tendance à tout traiter de la même façon, sujet légitime ou non.
  • Garder une portée normale pour une vidéo qui, sinon, serait quasiment invisible dans les recommandations.

Ce que ça pose comme problème :

  • Un vocabulaire codé peut banaliser des sujets graves en les rendant presque ludiques dans leur formulation.
  • Il crée une barrière de compréhension pour les personnes qui ne connaissent pas ces codes — parents, enseignants, ou simplement des internautes moins connectés à cette culture.
  • La même technique peut aussi servir à publier du contenu qui enfreint réellement les règles d’une plateforme, en rendant plus difficile le travail de modération sur des contenus qui, eux, mériteraient d’être filtrés.

C’est cette zone grise qui rend le sujet plus compliqué qu’il n’y paraît : la frontière entre “contourner une censure trop large” et “échapper à une modération légitime” n’est pas toujours nette.

Comment le repérer et le décoder

Pas besoin de mémoriser un dictionnaire entier. Le réflexe le plus utile, c’est le contexte : quand un mot sonne étrangement ou semble sorti de nulle part dans une phrase par ailleurs banale, il y a de fortes chances que ce soit un substitut volontaire. Une recherche rapide du terme accompagné du mot “algospeak” suffit généralement à retrouver sa signification exacte.

Ce qu’il faut retenir

L’algospeak n’est pas une mode passagère : c’est devenu un réflexe d’écriture pour des millions de créateurs, né d’un rapport de force permanent entre les utilisateurs et les algorithmes de modération. Tant que les filtres automatiques resteront basés sur des mots-clés, ce vocabulaire codé continuera d’évoluer — un mot remplacé aujourd’hui laissera place à un autre dès qu’il sera lui-même repéré par les systèmes.

Pour aller plus loin sur la façon dont les algorithmes façonnent ce que tu vois (ou pas), va voir notre article sur le shadowban et comment savoir si ton compte est concerné. Et si le langage internet t’intrigue, découvre aussi ce qu’est le “brain rot” et pourquoi ce mot résume tout ton scroll.

🙋 FAQ — on répond à tout

C'est quoi l'algospeak en une phrase ? +

C'est un langage codé né sur les réseaux sociaux, où l'on remplace des mots jugés "à risque" par des synonymes, des fautes volontaires ou des symboles, pour éviter que l'algorithme de modération ne détecte et pénalise le contenu.

Pourquoi les créateurs utilisent ce langage plutôt que de parler normalement ? +

Parce que la modération automatique des plateformes repère certains mots-clés et peut supprimer une vidéo, réduire sa portée ou couper la monétisation, même quand le sujet est traité de façon légitime (santé mentale, prévention, actualité). Contourner le mot évite ce risque.

Est-ce que l'algospeak fonctionne vraiment pour éviter la modération ? +

Souvent, oui, au moins temporairement : les filtres automatiques se basent en grande partie sur des mots-clés précis. Mais les plateformes ajustent régulièrement leurs systèmes, donc certains termes codés finissent eux-mêmes par être repérés, ce qui pousse à en inventer de nouveaux.

L'algospeak, c'est seulement utilisé pour de bonnes raisons ? +

Pas uniquement. La même technique qui permet de parler de santé mentale ou de prévention sans être censuré peut aussi servir à publier du contenu qui enfreint réellement les règles d'une plateforme. C'est ce qui rend le sujet plus compliqué qu'un simple jeu de mots.

Comment savoir si un mot que je ne comprends pas est de l'algospeak ? +

Le signal, c'est souvent le contexte : un mot qui sonne bizarre ou hors sujet dans une phrase par ailleurs normale cache presque toujours un remplacement volontaire. En cherchant le terme accompagné du mot "algospeak", tu trouves généralement sa signification.

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